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"Béchi, Bitchi, Béssi, ça vient d'où ce nom ?"

--> Prononcé [bisi], BEECI est une abréviation de l'anglais :

Bike through Europe for Environment and Citizens' Initiatives

(Vélo à travers l'Europe pour l'environnement et les initiatives citoyennes)

beeci.project@gmail.com

La grande distribution, pourquoi l'éviter ?

Publicité mensongère au Carrefour de Saint-Affrique, en Aveyron

 

Durant notre vagabondage autour de l’Europe, nous avions souvent du mal à éviter les grandes surfaces et leurs petites sœurs, ces fausses épiceries qui portent les noms des géants de la distribution de masse.

C’est vrai que cette espèce de commerce a petit à petit colonisé notre quotidien depuis 40 ans, au point qu’aujourd’hui, on sait difficilement faire sans.

 

En rentrant, en posant nos sacoches durablement pour s’installer, nous pensions qu'il serait facile de se passer des supermarchés. Et oui, quand tu connais le coin, que tu as le temps pour fouiller un peu les alentours, tu dois pouvoir réussir à trouver le petit primeur qui propose du bio local de saison ou l’épicerie bio qui te vendra du vrac français pour les pâtes, céréales…

C’est vrai de beaucoup d’endroit en France. Mais nous avons décidé de nous installer à Saint-Denis, au Nord de Paris. Nous passerons sur les raisons à l’origine de la situation mais, vous pouvez vous brosser pour le petit primeur ou l’épicerie bio évoqués précédemment.

 

Quand nous avons emménagé, que nos provisions se limitaient à un rouleau de papier toilette entamé, une boite d’épices et un sachet de thé, un samedi, en fin d’après-midi, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Il fallait sortir et partir en quête de nourriture.

Les gargouillis du fond de notre estomac ou notre désespoir n’étaient pas suffisamment forts pour succomber aux promotions exceptionnelles de la rue commerçante ; « Poulet rôti, 5€ les deux ! ». A ce prix-là, il y a vraiment du poulet dans votre poulet rôti ?

 

Finalement toujours en recherche, nos pieds affamés (oui, nos pieds sont souvent affamés, surtout quand on a l’estomac dans les talons), nous conduisent naturellement au temple de la consommation, la corne d’abondance de la modernité, j’ai nommé, le centre commercial Carrefour Saint Denis.

Nous y avons passé le moins de temps possible. Mais pour le moins c’était déjà trop.

Le temps de trouver notre rythme de croisière, une AMAP, la Biocoop la plus proche du boulot, de récolter quelques légumes chez les parents de Léa, on a quand même retenté l’opération. 2 ou 3 fois. On avoue.

 

Mais pourquoi cette aversion pour les grandes surfaces ? On y trouve tout ce dont on a besoin, de jolis légumes, du fromage, des steaks à pas cher sous leur joli blister, du canard WC gel ultra efficace et même des mèches pour la perceuse. Et puis, c’est le progrès les supermarchés non ?

Si des fois il semble difficile de faire autrement, on a voulu rassembler nos idées pour se convaincre que non. Quoi qu’on en dise, les grandes surfaces ne sont pas une bonne solution et c’est à nous, avec notre petit porte-monnaie de consommateur moyen, de voter contre.

 

Un petit article, pas toujours rigolo, en forme de réquisitoire contre la grande surface, en attendant le petit article des solutions pour s’en passer.

 

Les Grandes surfaces, pourvoyeuses d’emploi ?

 

Les grandes surfaces et les centres commerciaux géants fleurissent partout en France, souvent au détriment de surfaces agricoles ancestrales ou de zones écologiquement sensibles.

 

Le premier argument invoqué en faveur de leur implantation, face à la destruction de la nature et à la perte de notre souveraineté alimentaire, c’est l’emploi. En effet, le secteur de la grande surface alimentaire est un employeur qui pèse lourd en France, près de 600 000 emplois en 2011. Mais en réalité, la grande surface est-elle vraiment un générateur efficace d’emplois ?

 

Et bien non et on peut facilement le pressentir.

 

Combien pensez-vous qu’un petit magasin de proximité indépendant peut nourrir de ménages ? Deux centaines ? Trois ? Moins ? Dans ce petit commerce, dans votre boucherie de quartier ou votre boulangerie, combien de personnes travaillent ? Le patron ou la patronne, parfois son/sa conjoint(e), un ou deux vendeurs.

Maintenant, essayez de faire le même exercice avec une grande surface. Ce sont des échelles assez abstraites. En moyenne, en France, elles comptent 160 employés et peuvent nourrir des milliers de clients (ou des dizaines de milliers pour les plus grosses).

En fait, en analysant les chiffres de l’INSEE de 2011, nous nous sommes rendu compte, par rapport aux parts de marché des différents acteurs du commerce alimentaire, qu’il faut 29 clients pour faire vivre un travailleur de petit commerce de proximité tandis qu’il faut 83 clients pour faire vivre un travailleur de grande surface.

 

Autrement dit, si nous allions tous faire nos courses en grandes surfaces en France, elles emploieraient un peu moins de 800 000 personnes. Si nous allions tous faire nos courses en petits commerces de proximité, ils emploieraient plus de 2,2 millions de personnes (1).  C’est le principe d’industrialisation : économie d’échelle, rationalisation des tâches… On est bon sur la finance mais pas sur les capacités d’embauche, c’est mathématique.

Quels emplois pour les travailleurs des grandes surfaces ?

 

On le sait, le travail dans le commerce, c’est souvent ingrat.

Des horaires à rallonge, rester debout une bonne partie de la journée à piétiner, garder le sourire en toute circonstance…

Mais quand en plus on rationalise, qu’on industrialise, que le salarié ne devient plus qu’une variable de la productivité, qu’on le pressurise, qu’on le précarise, on atteint des sommets d’inhumanité. Et encore, je dis « le salarié » de manière neutre mais force est de constaté que les plus vulnérabilisés de ces salariés sont en fait des salariées.

Inutile de revenir dessus, nous avons encore tous en tête le boulot d’Elise Lucet et de son équipe de cash investigation.

Mais bon, si c’est pour la grandeur du pays et la croissance de son PIB, alors, tous les sacrifices, même involontaires voire forcés se justifient. Non ?

Parce que oui, le travailleur de grande surface est très « rentable » ou productif, comme on dit pour faire mieux.

Les grandes surfaces, créatrices de richesse ?

 

En 2011, un travailleur de la grande distribution générait 285 509,07 €. Un travailleur de petit commerce de proximité générait 101 765,94 € (1). Pourtant, on ne peut pas dire que les uns soient mieux payés que les autres. En termes de cotisations, d’impôts et de participations à la vie locale du territoire, on peut se demander où passe réellement cet argent. Il faut bien rémunérer les actionnaires et c’est normal, considérant ce système, car sans eux, pas d’investissement. Seulement, dans la plupart de vos commerces de proximité indépendants, il n’y a pas d’actionnaire à rémunérer (ou alors un prêt à rembourser, situation temporaire s’il en est). Ainsi, les sommes dépensées auprès de ces commerces seront probablement réinvesties ou injectées directement dans l’économie locale, les cotisations sociales et les impôts.

 

L’installation d’un centre commercial représente souvent d’énormes désastres environnementaux, sociaux et économiques territoriaux.

On peut par exemple évoquer la désertification des centres-villes avec ce chiffre de 10% de vacance dans les villes moyennes en 2015. Cela veut dire que 10% des locaux commerciaux ont été abandonnés et restent vacants. (2)

 Centre ville d'Avignon

 

On cite souvent comme exemple la ville de Béziers qui avait un taux de vacance de 24% en 2015 contre 9,7% en 2001. Entre temps, la ville s’est dotée de deux magnifiques centres commerciaux.

De la même manière, les riverains du centre-ville d’Avignon s’alertent de sa désertification : en 2013, 140 fermetures de commerces dans cette ville qui en comptait 1200, soit plus de 10% ! (3)

Europa-city ou le symbole d’un monde qui marche sur la tête.

 

Nous sommes particulièrement touchés par le sort imposé à une zone de 80 hectares située dans le triangle de Gonesse, au nord de la région parisienne.

C’est à côté de chez les parents de Léa, nous connaissons bien.

Mais là-bas, la famille Mulliez (très riche et très influente), qui possède le groupe Auchan, a des vues sur ces terrains pour construire Europacity, un super centre commercial avec parc d’attraction, piste de ski en intérieur, cinémas et commerces.

 

 Europacity

 

Le maire du coin, convaincu que ça allait ramener des sous et du boulot chez lui a tout de suite signé.

Les agriculteurs du coin ont été expropriés, leurs terres indemnisées à hauteur du marché du terrain agricole, c’est à dire pas grand chose quand on pense à la valeur de ces terrains une fois viabilisés pour accueillir cette magnifique œuvre des temps modernes.

Ces terres sont parmi les plus fertiles de France. Le Papa de Léa, qui a usé pas mal de cottes sur les sièges de tracteurs et de moissonneuses nous expliquait, en revenant d’une manifestation de soutien aux agriculteurs et contre Europacity, la voix pleine de tristesse et d’indignation :

 

« Quand on voit comment nous, sur les plateaux Aveyronnais, on s’échinait à gratter notre sol plein de cailloux pour faire pousser des cultures chétives… Eux, à Gonesse, ils n’ont qu’à jeter le grain au vent, ils n’ont même pas à fertiliser pour obtenir des rendements quatre fois supérieurs aux nôtres.

Et ça me fout en l’air qu’ils nous retirent ça ! »

 

Au-delà du désastre agricole, écologique et des drames de ces familles qui perdent les terres cultivées par des générations avant elles, vient la question de la souveraineté alimentaire. Quand il s’agit de s’assurer qu’on aura assez d ‘électricité pour allumer sa télé le dimanche après-midi, la souveraineté leur sert à justifier toutes les exactions au nom d’une énergie nucléaire bon marché. Quand il s’agit de se nourrir…

Eh oui, 80 hectares de bonne terre sur laquelle nous faisons pousser de quoi se sustenter, remplacés par un monstre d’énergie où nous pourrons acheter les produits de l’agriculture de lointains pays.

Mais pas de souci, Mulliez nous assure avoir pris des dispositions pour valoriser l’histoire et la culture agricole locale. Au milieu de leur centre, à travers des vitrines, une attraction exceptionnelle : vous pourrez vous extasier devant les agriculteurs travaillant à des cultures bio, hors sol. « Merci de ne pas jeter de cacahuètes aux paysans. »

Une belle dose de cynisme, vous ne trouvez pas ? (4)

 

Enfin, si vous croyez en avoir assez pour détester ce projet idiot, il faut savoir qu'à 3 minutes en voiture sur la commune de Tremblay-en-France, le complexe commercial Aéroville a ouvert ses portes il y a 4 ans et peine à remplir ses allées. Et puis, pas bien loin non plus, il y a aussi le centre commercial de Parinor, à Aulnay-sous-bois. Bref, si vous cherchez encore un peu, vous vous rendrez vite compte que tous les critères sont remplis pour une concurrence saine et intelligente, au service du consommateur...

Le pas cher et les coûts cachés

Sortons un peu de ces considérations foncières et sociales locales pour se concentrer sur les produits que l’on trouve en supermarché.

Lorsqu’on fait des efforts pour un monde plus durable, on fait généralement attention à ne pas trop aller vers les plats industriels tout préparés. Mais même en faisant des efforts et en poussant son caddie directement au rayon fruits et légumes frais, en courant avec des œillères pour ne pas succomber à la tentation de votre lasagne équine préférée, difficile de se sentir à l’aise face à la provenance des produits.

 

Durant notre tour d’Europe à vélo, nous avons parcouru les zones arides du Sud de l’Espagne, le potager de l’Europe comme certains l’appellent.

Cette industrie laisse des marques profondes et durables sur le paysage. A perte de vue, les bâches blanches recouvrent le sol. Les quelques zones désertiques qui subsistent sont jonchées de vieux bidons arborant une tête de mort sur fond orange, des morceaux de bâche emportés par le vent et d’autres détritus.

En continue on entend le bruit des systèmes d’irrigation.

 

 Florent au Sud de l'Espagne, entre deux serres de tomates

 

L’odeur des produits chimiques rependus nous donnait la nausée mais pas autant que l’eau gâchée qui ruisselait vers le désert par le dessous des bâches pour s’évaporer bêtement au soleil sur une terre craquelée et stérile. Alors que dans ces régions l’eau manque, les écoliers apprennent à limiter leur consommation d’eau et les appels à l’économie de cette ressource rare s’affichent en 4 par 3 dans les rues des grandes villes.

 

Le pays produit à longueur d’année, sans souci de saisonnalité, tous les fruits et légumes dont vous pouvez rêver.

C’est de ce beau pays que viennent les produits qui composent en grande partie les étales colorées de nos supermarchés.

Il y a quelques temps, nous entendions parler de l’envolée des prix des fruits et légumes… Une saison pourrie dans une zone localisée d’Espagne et c’est la crise dans toute l’Europe.

Mon Dieu, Tesco a même été obligé de rationner : pas plus de 2 brocolis par client. Mais quel est ce monde dans lequel on ne peut pas manger de brocoli en Angleterre au mois de Février ! Révolution ! (5)

 

Quant aux autres fruits et légumes, hors saison, en supermarché, il ne faut pas trop se leurrer. Ils viennent de France, d’Italie ou de Hollande, mais sont produits de la même façon.

Et pour le bio, pas cher et sur-emballé, il aura sans doute passé un peu de temps en mer entre le Chili et l’Europe après avoir grandi hors sol dans des milieux dévastés comme celui que nous venons de décrire.

 

 Des pommes bio du Chili suremballées... et les pommes françaises ? Envoyées au Chili ?

 

 

Nous pourrions accumuler encore longtemps les griefs à l’encontre de la grande distribution. Nous sommes loin de l’exhaustivité.

En vrac, nous aurions dû parler de leurs marges exorbitantes, de la pression qui repose sur les épaules des agriculteurs et autres fournisseurs, du gaspillage et des méthodes malhonnêtes pour rejeter des lots complets de fruits et légumes, arguant de faux défauts de qualité.

 

Il est parfois difficile de se passer des grandes surfaces. Le bio local et paysan en petite épicerie, il paraît que c’est cher. Et puis, quand on finit à 18h30, qu’il faut aller récupérer la petite à la garderie et le grand au foot, c’est pas la joie de devoir se taper tout un circuit pour passer chez le boucher, puis chez le boulanger, puis chez le primeur puis…, puis…, puis… Alors qu’en une heure chez Auchan, le tour est joué !

 

Consommer, acheter. Des actes du quotidien qu’on nous encourage à réaliser avec le moins d’arrière-pensées possible. Mais pour chaque minute gagnée à faire ses courses au plus simple, à ne plus cuisiner, il y a une surface agricole qui se bétonne, une famille expropriée, un travailleur pauvre qui se casse le dos. Des responsabilités que nous aurions préféré ne pas assumer mais qu’on nous place entre les mains, dans le fond ne notre portefeuille, au dos de notre carte bleu. L’argument préféré de la com’ des grands groupes de l’agro-alimentaire ? « Nous nous cantonnons à répondre à la demande du consommateur ».

 

A nous, donc, de crier un peu plus fort à leur sourde oreille que nous avons aussi besoin de respect, d’éthique, de nature.

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

 

 

(1) Pour les chiffres concernant les emplois de la grande distribution, nous nous sommes basés sur divers documents de l’INSEE :

- E2012/02 ; La situation du commerce en 2011, Rapport établi pour la Commission des Comptes Commerciaux de la Nation.

- INSEE Première, n°1458 – Juillet 2013 ; Les comportements de consommation en 2011.

- INSEE Première, n°1358 – Juin 2011 ; Travailler dans le commerce de détail ou l’artisanat commercial.

- INSEE Première n°1568 – Octobre 2015 ; Cinquante ans de consommation alimentaire : une croissance modérée, mais de profonds changements.

En nous basant sur le fait que, d’après l’INSEE, « un point de part de marché représente, toutes taxes comprises, 5,6 milliards d’euros en 2011 », nous avons établi le tableau suivant pour vous proposer nos chiffres. Ils ne représentent pas une valeur absolument fiable mais permettent de donner un ordre d’idée réaliste pour comparer les deux modèles commerciaux évoqués.

(2) France Culture, "Des centres-villes de plus en plus déserts"

 

(3) France 3 Provence Alpes Côte d'Azur, "Les commerces désertent le centre ville d'Avignon"

 

(4) Un bon résumé de l’absurdité du projet Europacity grâce au super boulot du Fil d’Actu, "Europacity : le projet WTF des milliardaires"

 

(5) Huffington Post, "Pourquoi les prix des légumes flambent en France (et partout en Europe)"

 

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